Où l'auteur de la niouzeletteur raconte le piratage de son compte mail, avant d'enchaîner sur plein d'autres trucs (sa santé, le ciné-club, des bandes dessinées et un truc dingue)
Internet et moi, rien à faire, ça ne le fera jamais complètement. C’est cette relation de co-dépendance toxique qui continue, encore et encore, quand bien même on s’était dit qu’on ne se compliquerait plus la vie. Qu’on ne se prendrait plus la tête pour des bêtises. Qu’on se comporterait comme de bons amis désormais. Tu parles, Charles. Cette semaine, un de mes deux comptes a été piraté. Heureusement, c’est celui que j’utilise le moins souvent. Mais tous mes contacts ont reçu des messages idiots d’un arnaqueur en ligne :
« Bonjour,
« Puis-je te contacter par e-mail ?
« Pacôme »
Un mail pour demander si je peux écrire un mail ? Oh, well.
Quelle ironie pour quelqu’un qui avait fait une vidéo sur Blast sur les arnaqueurs en ligne. Je ne sais pas si vous vous souvenez. C’était dans Infernet, ma première série pour Blast. Coleen et les arnaqueurs en ligne : le malheur est un métier.
https://www.youtube.com/watch?v=NLwqzgniqpA&t=29s
On n’a pas essayé de m’arnaquer. On a utilisé mon nom pour en arnaquer d’autres. C’est pas mieux. C’est même pire. Je ne sais pas si une ou plusieurs personnes ont répondu à l’arnaqueur en pensant sincèrement que c’était moi. Un de mes vieux amis lui a répondu, mais par curiosité. Et il m’a envoyé ensuite la réponse de l’arnaqueur, avec pour commentaire : « C’est assez grossier quand même ». C’est vrai que c’est grossier. Sauf sur un point : j’étais vraiment malade. L’arnaqueur l’a-t-il su ? Ou a-t-il juste suivi un scénario classique d’arnaque en ligne ? Bon, c’est pas la même maladie non plus. J’avais (j’ai toujours, ça se calme doucement, c’est lent) un méchant virus, le CytoMegaloVirus. L’arnaqueur me file quelque chose de pire. Jugez par vous-même.
« Bonjour F.,
« Merci pour ton message.
« Pour être honnête, ces dernières semaines ont été assez compliquées pour moi. J’ai des soucis de santé : j’ai régulièrement des crampes intestinales accompagnées de douleurs abdominales que je n’arrive pas à soulager depuis un moment. Je me pose beaucoup de questions sur l’origine de tout cela et sur les éventuelles conséquences.
« C’est ce qui m’a poussé à consulter un autre spécialiste afin d’approfondir les analyses. Actuellement je dois subir une biopsie complète de l’appareil digestif. Mon gastroentérologue préfère attendre les résultats avant de se prononcer. J’espère sincèrement que mes inquiétudes ne se confirmeront pas et que tout cela ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir. Je te tiendrai bien sûr au courant une fois les examens terminés, alors ne t’inquiète pas.
« Par ailleurs, j’ai une chose importante à te demander, même si je t’avoue que je suis un peu gêné.
« Y a -t-il un tabac-presse ou un grand magasin pas trop loin de chez toi, où tu pourras facilement te rendre ? J’irai d’ici peu en salle d’observation pour d’autres examens, les téléphones ne sont pas autorisés. Je laisse ma tablette connectée en attendant par email ta réponse à ma demande. »
Bon. J’ai pas de tablette non plus. Mais je fais peut-être une erreur en le disant ici. L’arnaqueur va pouvoir améliorer son arnaque. Il n’utilisera plus la tablette connectée. Ou alors il dira qu’il s’y est mis récemment.
Tout ça pour dire : faites attention avec ces arnaques en ligne. Je n’envoie pas de message pour demander si je peux envoyer un message. Et je ne demanderai jamais d’argent par un mail à un de mes contacts, biopsie ou pas. Si vous recevez un message qui vous semble suspect, regardez bien le mail : ce ne sera pas le mail de votre ami, mais presque. Et tout est dans le presque. Là, c’était mon adresse, plus un 1 ajouté à celle-ci. C’est avec ce 1 ajouté à l’adresse normale, par exemple, que vous repérez le faux.
Et ma santé ? Ça va mieux, merci. Ça va vraiment mieux. J’ai retrouvé le goût. J’ai retrouvé une part de mon énergie. Je ne vais pas dormir toutes les deux heures. Je peux faire quelques trucs sans être tout de suite épuisé et devoir m’allonger. Mais je dors toujours assez mal. Je fais très attention à ce que je manger. Et je dois encore revoir ma médecin pour savoir ce que j’ai le droit de faire ou pas. Je ferai l’essentiel, mais pas beaucoup plus. Et je le ferai à mon rythme. C’est une lente convalescence. Je dois accepter cette lenteur. Cette année sera au ralenti.
Vous vous souvenez de notre ciné-club à L’Archipel, « Brûlez vos larmes » ? Et de la séance qui avait été trois fois reporté ? Le film : « Juliette des esprits » de Federico Fellini. La séance a finalement eu lieu le dimanche 8 février. Moi je n’ai pas pu y aller, j’étais encore trop malade. J’étais encore dans ces journées où je dormais deux heures toutes les trois heures. C’était Bertrand Mandico et Stéphane du Mesnildot qui assuraient l’exégèse. Une exégèse qui je n’en doute pas aurait été magnifique. Je dis : aurait été. C’est que le film n’a pas pu être projeté non plus. C’est dingue. Et ça a dû être affreux pour eux et pour L’Archipel. La salle attend le film et le film ne peut pas être montré. La séance a donc été reporté… une quatrième fois. Elle aura lieu le dimanche 1er mars. Je ne sais pas encore si je pourrais être là. Le truc des salles pleines de monde, et puis parler en public, c’est chaud. C’est ma médecin qui me dira. Si je peux, je le serai. Mais sinon il y aura de toutes façons Bertrand Mandico et Stéphane du Mesnildot pour en parler sublimement. Ce sera le 1er mars à L’Archipel, donc, à 17 heures, 17 boulevard de Strasbourg 75010.
https://www.larchipelcinema.com/evenement/2197821-dimanche-1er-mars-17h-reprogrammation-juliette-des-esprits-de-federico-fellini
L’année commence bien pour la grande bande dessinée. Non seulement on nous annonce du F’murrr à en faire pleurer de joie les dieux et les bêtes (la suite de l’intégrale du Génie des Alpages, la réédition du Char de l’Etat, une grande exposition au musée Tomi-Ungerer à Strasbourg) mais voici un nouveau Crumb ! Un vrai nouveau Crumb. Un Crumb d’aujourd’hui. Un Crumb post-covid, avec ses angoisses, ses colères, ses souvenirs. Un Crumb encore vivant, et bien vivant, en guerre contre les gouvernements et leurs décisions, qui réfléchit aux théories du complot et comment se définir vis-à-vis d’elles, et qui ne cesse de hurler dans le désert à un Dieu qui s’en fout. C’est Chroniques de la paranoïa et c’est un livre important.
https://www.cornelius.fr/product-page/chroniques-de-la-paranoïa
Et voici que Le Lézard édite un inédit d’Aristophane : Les Sept Fantômes. Avec une préface de J. C. Menu. Aristophane, c’est ce dessinateur de bandes dessinées sublime du début des années 1990, au destin si étrange, obscur. Né Firmin Aristophane Boulon à la Guadeloupe en 1967, l’auteur génialissime de Faune, de Conte démoniaque et des Soeurs Zabime. Aristophane qui avait renoncé à la bande dessinée et même renié son oeuvre pour des raisons religieuses (semble-t-il). Aristophane qui est mort dans des circonstances pas claires (semble-t-il également), à l’âge de 37 ans. J. C. Menu, qui le compare à juste titre à Lautréamont, apporte tout ce qu’il peut d’information et de réflexion sur son oeuvre dans sa préface précieuse. Et la bande dessinée Les Sept Fantômes ensuite - chef-d’oeuvre jadis publié dans la revue Le Lézard entre 1993 et 1996 - nous confirme la puissance visionnaire de celui qui fut - peut-être malgré lui, ou malgré ce qu’il était devenu et ce qu’il aurait voulu être - un des plus grands artistes et poètes du domaine. Les Sept Fantômes, c’est un livre essentiel. Continue de nous hanter, Aristophane.
https://editionlelezard.fr/blogs/news/a-tue-tete-la-resurection-du-lezard
Et sinon on m’apprend que le très beau livre de Bertrand Delcour Pourquoi nous sommes morts va être prochainement réédité. C’est une très, très grande joie. C’était quelque chose, Bertrand Delcour. C’était quelqu’un et c’était quelque chose. Et ses textes, c’est toujours quelque chose. Je trouve dingue qu’on ne s’y intéresse pas plus. C’est Captain Cavern qui m’avait conseillé Pourquoi nous sommes morts il y a une vingtaine d’années. Quel livre. Il existe deux manuscrits inédits de Bertrand Delcour. Deux vrais livres importants et toujours en attente d’un éditeur. Celui qui s’y mettra ne se trompera pas. En attendant, vous pourrez lire prochainement le très, très beau Pourquoi nous sommes morts, et si vous voulez en savoir plus sur Bertrand Delcour, je vous renvoie à l’article nécrologique qu’avait écrit Xanaé Bove sur Gonzaï :
https://gonzai.com/bertrand-delcour-meme-mort-delcour-toujours/
Et maintenant le truc dingue.
Le truc dingue, le truc vraiment dingue, c’est que mon site est revenu. Il est réapparu. Pierre m’a écrit après la dernière niouzeletteur. Lui, son frère et un ami avaient retrouvé le site, et trouvé la faille de celui-ci, par lequel des robots l’avaient fait disparaître. Ils ont pu combler la faille, le remettre à son adresse, puis le faire ressurgir il y a quelques jours.
J’étais fou de joie. C’était comme le retour du fils prodigue. Je lui ait fait un festin de modifications. J’ai enlevé plein de textes qui ne sont plus inédits (en gros : tous ceux qui ont été publiés l’année dernière en livre dans Esotérique du rock, la réédition augmentée de Cabala). Mais j’ai surtout ajouté plein d’inédits. Mais vraiment plein. Plus d’une cinquantaine de textes inédits venant des trente dernières années. Vous pouvez aller vous y perdre si vous le désirez. Y a des textes récents inédits en livre (venant de conférences, préfaces, articles, etc.) sur Zouc, Wolinski, Buffy. De moins récents sur Fantômas, Cassavetes, Placid et Muzo, les Residents. De vieux textes politiques fumasses, époque Sarkozy, tirés de mon blog de l’époque : Ici-Bas. Vous pourrez trouver des textes écrits pour des pièces de la Compagnie du Zerep, comme Prélude à l’Agonie, ou les conférences que je prononce dans La Déviante comédie de Bertrand Mandico. Et même des fictions de jeunesse.
Bien sûr, le site ne comprend que les textes inédits. C’est-à-dire, quand même, il faut le dire, les moins bons. Les textes importants à mes yeux sont dans mes livres. Tout ce qui est vraiment abouti est dans les livres. Sur le site, c’est des textes nécessairement, de mon point de vue, inachevés, pas au point. Des textes ui mériteraient un bon coup de peigne. Il n’empêche. Je vais le soigner, ce site. Je vais aller vérifier les liens sur toutes les pages et enlever les liens morts. Je vais ajouter des pages consacrés aux livres qui n’ont pas encore leurs pages. Etc. etc. Bref : mon temps libre sera consacré à mon bon vieux site, qui m’a fait tant de peine lorsqu’il a disparu, et tellement plaisir quand il est revenu. Mon bon vieux site bien-aimé. Merci à tous ceux qui, après la précédente niouzeletteur, m’ont proposé de me faire un nouveau site. Et merci à Pierre, son frère et son pote, pour avoir retrouvé celui qu’il avait construit.
http://www.pacomethiellement.com/accueil.php
Le Zappa de la semaine, ce sera le King Kong de 1988, vingt ans après l’original. Le King Kong de Make a Jazz Noise Here. C’est la folie totale, ce King Kong. Le thème, initialement rapide, est joué ici sur un tempo reggae extrêmement ralenti donnant une impression quasi-parodique. Il voit se succéder un solo de saxophone baryton incroyable de Kurt McGettrick, puis un solo de trombone suivi d’un récit improvisé du tromboniste, Bruce Fowler, racontant les mésaventures, à l’époque dévonienne, d’un poisson placoderme attaqué par des requins fanatiques religieux. Monologue pendant lequel Mike Keannally joue au synthétiseur de courts passages du thème du générique de Monde Cane (c’est trop bizarre). Ce moment est suivi d’une improvisation à base de percussion, de batterie électronique et de samples de sénateurs Américains favorables à la censure se mêlant à des samples d’interjections de Johnny Guitar Watson et de la propre voix de Zappa samplée répétant « Tu vas aller en Enfer » comme de bruits de bouche évoquant les monstres marins et le combat évoqué par Bruce Fowler. Et le solo de trombone reprend, plein de dissonances évocatrices du free jazz, sur des descentes de basse qui se fondent à nouveau aux samples de bruits de bouche, de cris, d’aboiements et le riff joué au ralenti de La Quatrième Dimension (de plus en plus bizarre). Puis, sur un sample de guitare, on a un solo de basse de Scott Thunes. Et un solo de trompette de Walt Fowler sur un autre rythme jazz, plus harmonieux, moins chaotique. Le thème de King Kong ne revient pas en conclusion.
https://www.youtube.com/watch?v=yzwlYtxukPk
De ce morceau, comme des autres version du thème, je parle dans la conférence King of the Kong. Une conférence initialement donnée à la Médiathèque musicale de Paris en janvier 2024 - et dont le texte désormais en ligne est un des cinquante inédits du retour de la revanche du site web.
http://www.pacomethiellement.com/corpus_conference.php?id=570
Et si vous n’aimez pas lire, vous pouvez aussi voir la vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=-gMvbZvG5Uo
A bientôt pour l’épisode de La Fin de la Télévision sur Lost. Kaxu Marixu. On s’arrache la vache. Bon dimanche, les amis.