Laisse le vent emporter le vent

Où l'auteur de la niouzeletteur parle du dernier épisode de L'Empire n'a jamais pris fin, du prochain épisode et de l'après-prochain, et du spectacle d'Olivier Mellano sur David Lynch

Adoncques le nouvel épisode de L’Empire n’a jamais pris fin est en ligne. C’est le quatrième épisode de la troisième saison : Drumont, Pétain et Co - Faites entrer les antisémites.

https://www.youtube.com/watch?v=Lzhlh_a_4OM&t=4932s

On parle de tout ça dedans : l’affaire Dreyfus, le “bordereau”, “La France juive” de Drumont, Ferdinand Esterhazy, le “petit bleu”, le “faux Henry”, l’éloge du “faux Henry” par Maurras, L’action française (Maurras, Daudet, Bainville), le ligne Maginot, Pétain, la Révolution nationale, “Les décombres” de Rebatet, etc. Bref. L’angoisse, quoi. Le monde de l’angoisse. La pire des France.

Et puis il y aussi le texte. Plus long, plus complet, avec des explorations en plus. Comme toujours.

https://www.blast-info.fr/articles/2026/drumont-petain-co-faites-entrer-les-antisemites-sYCRGBgVSYad3cnK4qWJPg

Cependant, quand on lit le texte, on n’entend pas la musique incroyable de Baptiste. Sa sublime musique. Sa précieuse musique. Rien que pour sa musique, je suis bouleversé de pouvoir découvrir l’épisode achevé. Et après il y a le montage incroyable d’Ameyes et de Mathias. Et les idées graphiques géniales de Margaux et de Morgane. Quelle équipe. Cyprien, Théo, Baptiste, Morgane, Margaux, Mehdi, Mathias, Ameyes : je ne vous célébrerai jamais assez.

Adoncques, c’est le quatrième épisode de la troisième saison. Troisième et dernière saison. Le cinquième est déjà enregistré, sur la Guerre d’indépendance algérienne : Faites entrer les colonialistesChaque saison fait sept épisodes. Il n’en reste plus que deux, et c’est fini. Je suis en train d’écrire l’avant-dernier épisode de L’Empire n’a jamais pris fin. Celui sur Hara-Kiri. Après il n’en restera qu’un. C’est une étrange sensation.

Hara-Kiri, donc. Je suis plongé dans les numéros de L’Hebdo maintenant que je les ai. Je ne les avais pas à l’époque où j’avais écrit mon livre sur Hara-Kiri, Tous les chevaliers sauvages, en 2012. J’avais seulement les anthologies, les recueils individuels, et des numéros épars. Des numéros qui venaient de mes parents. J’ai acquis progressivement tous les volumes de l’intégrale de L’Hebdo, Hara-Kiri puis Charlie, de 1969 à 1982, le long de ces dernières années. C’est éblouissant de voir autant de génie au centimètre. C’est déstabilisant. Les pages de Reiser, de Wolinski, de Gébé. Les textes de Cavanna et de Delfeil de Ton. Et Choron quand il fait ou écrit quelque chose. La remarque de Delfeil de Ton dans Ma véritable Histoire d’Hara-Kiri Hebdo est vraie : à part les pages de Cabu, on comprend tout. Mais alors tout. Seul Cabu plaisante sur des mecs de la télé qu’on a oublié. Ou fait de l’humour sur des détails de l’actualité qu’on ne comprend plus. Le reste de L’Hebdo, on le lit sans consulter wikipedia. Hara-Kiri Hebdo, c’est un hebdomadaire d’actualité qui reste actuel cinquante ans plus tard. C’est un hebdomadaire d’inactualité. Vous vous souvenez qu’on avait interviouvé Delfeil de Ton à Blast, Denis Robert et moi ? Et il y avait aussi J.C. Menu.

https://www.youtube.com/watch?v=_0xidF-HmUc

Guerre d’indépendance algérienne. Vous êtes plusieurs à m’avoir aidé pour cet épisode. A m’avoir beaucoup aidé. Et vous êtes plusieurs à m’avoir permis de lire Yamina Mechakra aussi. Merci à toutes et à tous. J’espère que le résultat vous plaira. Ce sera d’ici un mois, un mois et demi. Je ne vous cache pas mon impatience de voir le résultat, avec le montage, la musique, les extraits et tout. La seule chose qui me calme, c’est que je dois avoir écrit mon épisode sur Hara-Kiri avant. C’est du boulot. Alors je me calme et j’écris.

Drumont, Pétain et Co. Il se passe plein de choses dans cet épisode de retour de convalescence. C’est dans cet épisode que je parle du Grand Jeu. Enfin, surtout de Roger Gilbert-Lecomte. En relation avec Ruth Kronenberg. Il y a eu tant de gens qui se plaignaient que je ne parlais pas du Grand Jeu dans l’épisode sur le surréalisme. Ils m’agaçaient à un point. Pour des raisons de construction, c’était pas le moment. Y avait beaucoup à construire autour de Nadja, d’Artaud et de Desnos. Et de Colette Thomas. C’était plus juste de garder Le Grand Jeu pour ensuite. Dans la continuité de cette saison où la place des poètes se déplace d’épisode en épisode : Nerval et Baudelaire dans le premier, Lautréamont et Rimbaud dans le deuxième. Les commentateurs YouToube ne peuvent pas s’empêcher de réagir tout de suite. Ils voient l’épisode comme une entité close sur elle-même. Et surtout ils pensent que tout peut se faire tout le temps. Que tout peut se dire en même temps. Alors que chaque élément s’inscrit à l’intérieur d’une continuité sinon rien ne marche ni ne résonne. On ne parle pas de tout dans chaque épisode. On construit un “arc”, comme dans toute série.

Après, je n’ai pas non plus à leur dire quoi faire. Les gens regardent les choses comme ils veulent les regarder. Personne n’est obligé de tout voir. Mais pourquoi toujours vouloir commenter avant de savoir ce qui va se passer ? Ce serait peut-être doux si les hommes attendaient de voir ou de lire quelque chose avant de le commenter.

La semaine dernière, il y a eu le spectacle d’Olivier Mellano sur David Lynch au Théâtre du Châtelet. In My Head. Les chanteurs et chanteuses étaient incroyables. Gaspard Royant, Kyrie Kristmanson, Mona Soyoc. Et les musiciens magnifiques. Ils m’ont emporté très loin. J’étais dans plusieurs mondes à la fois. Et je suis monté sur scène au début et à la fin pour dire des textes d’introduction et de conclusion. Vous me croirez si vous voulez, mais j’ai eu un de ces tracs. Ce n’est pas une blague, le trac. L’espace entre les coulisses et la scène au Théâtre du Châtelet est si grand, on aurait dit une mare aux crocodiles. Et en haut du théâtre, en plus du lustre, allez savoir pourquoi, on avait le nom des “grands-hommes”. Pendant les répétitions, je les découvrais et disais leurs noms à haute voix : Jules César, Charlemagne, Louis XIV, Napoléon, Hitler….

- Nan, c’est pas vrai, y a pas Hitler, a dit une personne du Châtelet en riant.

On a fait quelques radios aussi avec Olivier Mellano. On a fait l’émission d’Arnaud Laporte sur France Culture. Comme un Samedi. Avec François Angelier et Nathalie Bittinger. Passion David Lynch. C’est toujours une joie d’aller chez Arnaud Laporte. Il a toujours de bonnes idées. Des idées de radio. Là, c’étaient les extraits d’interviews de Lynch numérotés et mis dans un chapeau, tirés au hasard. Ça nous a fait parler autrement. Ça nous a sorti de notre zone de confort, même si cette zone est celle de William Hastings et de Ruth Davenport.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/comme-un-samedi/passion-david-lynch-avec-olivier-mellano-et-sa-bande-3609409

Et on a fait On aura tout vu sur France Inter. L’émission de Christine Masson et Laurent Delmas. Dans la tête de David Lynch. Maintenant la tête de David Lynch flotte dans la zone comme celle du Major Briggs.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/on-aura-tout-vu/on-aura-tout-vu-du-samedi-28-mars-2026-7258205

Y avait plus de place pour le spectacle d’Olivier Mellano au Châtelet. Très vite. Trop vite. C’était plein tout de suite. J’ai même pas pu vous conseiller de réserver. Il va être repris. In My Head va être repris, à Paris, le samedi 12 décembre, salle Pleyel. Alors réservez dès maintenant si vous voulez y aller. Je vous le demande comme un service : n’attendez pas d’être trois jours avant pour me demander s’il reste des places. Réservez dès maintenant.

https://www.sallepleyel.com/evenement/in-my-head-a-film-music-tribute-to-david-lynch/

Pour conclure la niouzeletteur, le morceau de Zappa. Bon. J’ai l’habitude de pester contre les coffrets posthumes publiés par la famille, mais je les achète quand même. Celui des 50 ans de Bongo Fury, j’allais pas le laisser passer. D’abord, Bongo Fury est un de mes Zappa préféré. Sans doute parce qu’il y a Beefheart. Ensuite, le coffret contient deux concerts complets. Deux concerts du groupe de 1975. Celui avec Beefheart. Le coffret est cher. Je l’ai acheté quand même. Je ne regrette pas. Je me régale. Une des grandes merveilles, c’est le solo de guitare de Zappa sur Pound for a Brown, séparé du reste du morceau et appelé Pound for a Brown - Part 2. Solo dans un style bien à part. Avec une tonalité émotionnelle rare dans la musique de Zappa. Presque irlandais, presque martial, presque matutinal. Tellement fin et frais. Avec la batterie magnifique de Terry Bozzio. Et Zappa prend son temps. Il y va à son rythme. Il explore. Il a la vie devant lui. Sept minutes de bonheur. On est surpris qu’un tel solo ait été joué au milieu d’un concert à Austin au Texas, un jour de Mai où il faisait si chaud que les hommes dans la salle étaient torse-nus. Comment je le sais, qu’ils étaient torse-nus ? Je ne le sais pas, mais en début de concert, Captain Beefheat crie “Put a Shirt On, Man”. Il a l’air mécontent quand il dit ça. Je suppose qu’il dit ça à un spectateur torse-nu. Ou peut-être à Terry Bozzio ? Put a Shirt On, Man.

https://www.youtube.com/watch?v=YftQh-VxYv0

Put a Shirt On, Man. Kaxu Marixu. On s’arrache la vache.

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Par Pacôme Thiellement

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